Aéroclub Jean Coutty

Un peu d’histoire

Textes extraits du livre “des ailes et des hommes” de Marius Roche, François Chaume et Claude Garbit.

  • 1932 : un premier avion sur la ville

(JPG)

F-ALQE Eugène Vallet, qui a fait la guerre de 1914-1918 comme pilote-aviateur, acquiert en 1932 un avion civil, sans cocardes, dépourvu de mitrailleuses. C’est un Potez 36, immatriculé F-ALQE. Un problème de taille pourtant : où Vallet posera-t-il son avion ? L’obstacle est vite contourné, le pilote loue un grand pré dans la plaine d’Arbent, à 1500 mètres au nord de la ville. Ce terrain deviendra l’aérodrome d’Oyonnax. Eugène Vallet construit ensuite un hangar de fortune. Les vols d’entraînement, l’organisation de baptêmes de l’air donnent le signal d’une nouvelle activité sportive, pépinière de futures vocations. Oyonnax s’inscrit donc vite parmi les villes de France qui donnent à l’aviation, sport encore considéré comme aventureux aux yeux de beaucoup, un essor prometteur.

  • 1933 : naissance de l’aéroclub.

La petite équipe des débuts, donne vie rapidement à une association qui va se structurer sous le nom d’Aéro-Club d’Oyonnax (A.C.O.).

  • Les premiers pilotes

(JPG)

F-AUZE Eugène Vallet ne restera pas longtemps le seul pilote, il initie au pilotage ceux qui formeront l’ossature d’un club actif. Edmond Patel qui acquiert un Caudron C 232 immatriculé F-AUZE. Les premières figures d’acrobatie aérienne se dessinent donc dans le ciel oyonnaxien.

(JPG)

F-ALSZ Un deuxième Potez 36 immatriculé F-ALSZ, propriété de Billoud, renforce la flotte sur ce petit terrain d’une longueur de 300 mètres, et large de 40 mètres. Les mécanos du club

(JPG)

Roland Monnet, ouvrier mécanicien aux établissements E. Vallet, entretient le Potez 36 de son patron. Le hangar de fortune s’agrandi.

  • Sous le pont de Thoirette !

A plusieurs reprises, l’aéro-club organise des meetings très réussis. C’est l’époque où des “as”, prodigieux d’audace et de témérité, suscitent l’enthousiasme du public. Les membres dirigeants de ce nouveau club se regroupent, autour de leur président, le docteur Touillon. Tous animent la nouvelle activité aérienne avec trois avions : un Potez 36 (F-ALQE), un deuxième Potez 36 (F-ALSZ) et un Morane 230. De nombreux Oyonnaxiens découvrent alors la joie de la troisième dimensions : des baptêmes de l’air, des promenades aériennes prolongées dans un environnement montagneux, que seul l’avion permet d’observer. Les plus audacieux exécutent volontiers quelques “tours d’acrobatie” avec Edmond Patel. Le passage sous l’ancien pont suspendu de Thoirette et l’atterrissage sur la glace du lac Genin sont deux événements qui sont demeurés gravés dans les mémoires, et dans l’histoire du club. La tâche des mécaniciens est rude et trop souvent ignorée. Elle est constamment assurée par une équipe de bénévoles, animée par l’ingénieur des Arts et Métiers, Eugène Martin, qui a succédé à Roland Monnet.

  • 1940-1944 : l’occupation allemande

A la déclaration de guerre en 1939, la réquisition des avions est imposée. La plupart des pilotes sont mobilisés, l’aéro-club cesse toute activité. En 1942, deux sections sont installées : l’une de modèles réduits et l’autre de vol à voile. Le Service de l’Aviation Légère et Sportive (S.A.L.S.) affecte au club d’Oyonnax cinq planeurs dont un biplace-école et un treuil Ford. Deux remorques et un véhicule Dodge de piste 4 x 4 complètent le parc du vol à voile. A cette époque l’infrastructure de l’aérodrome n’est pas suffisante, dans sa longueur, pour effectuer des treuillages qui permettraient aux planeurs de décoller. L’utilisation d’un câble de treuillage de faible longueur limitera les vols à de “simples sauts de puces”. Il faudra donc se contenter d’une activité réduite, en attendant que soit possible l’agrandissement du terrain. L’infrastructure rudimentaire du club ne permet pas d’abriter correctement le matériel qui vient d’être affecté. Monter les planeurs le matin et les démonter le soir après les vols, est une corvée qui n’atteint pas le moral des jeunes vélivoles. Le gouvernement de Vichy ayant interdit toute activité aérienne motorisée, l’activité du club se bornera à quelques réunions en son siège, rue Anatole-France. L’esprit qui avait régné et animé jadis les pionniers n’y est plus ; nous sommes en guerre et la Résistance se développe dans la région.

  • 1944-1946 : l’après guerre

(JPG)

En 1944, on se trouve face à une équipe mutilée qui, reconstituée, va permettre la renaissance de l’aéro-club. Le siège du club, après avoir été saccagé par les Allemands, s’installe 7, rue Voltaire sous la dénomination de Société Oyonnaxienne de Sports Aériens (S.O.S.A.). Une activité, soutenue par l’État, et animée par quelques membres. Diverses actions sont entreprises, notamment, la préparation militaire en vue de la formation de futurs mécaniciens, radios et même pilotes. Aux jeunes, on propose des cours de préparation au Brevet d’Enseignement des Sports Aériens (B.E.S.A.). Ils permettront aux admis à l’examen d’être affectés dans l’armée de l’Air pendant leur service militaire.

(JPG)

F-BCXI En 1946, l’Etat affecte un moniteur pour la formation des futurs pilotes sur un avion Stampe SV 4 C (F-BCXI) qui vient d’être fourni sous la forme de prêt gratuit. Dix des élèves sont “lâchés”. La section des modèles réduits, a construit, en trois années, cinquante modèles. Cette même année 1946, l’achat des parcelles enfin assuré, l’allongement de la piste de cent mètres est réalisé. Il va permettre d’utiliser un câble de treuillage planeurs de 2 000 m. Les altitudes sont suffisantes dans cette région montagneuse et l’on peut désormais évoluer sur la campagne environnante. La population découvre les planeurs du club dans le ciel oyonnaxien. Le S.A.L.S., qui doit livrer un hangar retarde son affectation. Cette attente est mal supportée par l’équipe de volontaires qui le construira elle même, mais en bois. Les baux passés avec les propriétaires de terrains sont à renouveler à des conditions onéreuses. Quatre hectares sont propriétés de la société. hangar métallique Enfin, le hangar métallique de 30 m x 20 m affecté par le S.A.L.S. est construit en bordure de la route départementale avec l’annexe du chalet – bar qui existe toujours. A cette époque, le hangar abrite trois avions et cinq planeurs, le treuil Ford du vol à voile et l’avion remorqueur. Un projet de piste en dur est à l’étude. Il est mené par la direction des bases aériennes. La piste mesurera 870 m de longueur sur 40 m de large. Le terrain est ouvert à la circulation aérienne publique (C.A.P.) par arrêtés ministériels du 8 février 1966 et 18 juillet 1969. En août 1951, le premier avion remorqueur est livré au club, venant de l’Ecole de l’Air de Salon-de-Provence. Les vols reprennent avec des instructeurs qualifiés. Une première à Oyonnax en juillet 1952 : le vol remorqué du planeur Nord 1 300, véritable départ de la section de vol à voile.

(JPG)

Un biplace école C. 25 S forme les élèves aux vols remorqués. Début modeste. Très vite, on se réjouira de l’affectation de nouveaux matériels (Emouchet), permettant d’atteindre l’altitude de 2 400 mètres lors d’un vol de 4 heures 27 en 1954…

  • Le club s’agrandit

Parmi les performances locales, citons des vols de planeur de plus de 6 h. Le club compte quarante-deux élèves pilotes. Un planeur Spalinger récupéré en Suisse vient renforcer le parc matériel en août 1958. A cette époque, un pilote largué par le treuil réalise un vol qui approche les dix heures. Plus tard, un accord avec le Groupement d’aviation légère Bresse-Bugey verra des planeurs du groupement rejoindre Oyonnax qui, à partir de cette décision, devient centre départemental de vol à voile. En 1956, le club comprenant 294 membres, 200 cadets, 19 juniors, 63 seniors, sans compter les douze membres du conseil d’administration. Un an plus tard, le 26 octobre 1957, le club est douloureusement affecté par la mort d’Eugène Vallet, le précurseur. L’aviation de loisirs connaît ensuite un engouement accru, et le recrutement de pilotes en herbe est important. Parallèlement, on assiste à la construction amateur de deux Jodel biplaces et un Bébé Jodel. On décide l’achat d’un Ambassadeur triplace. D’autres achats d’avions suivront régulièrement, permettant la bonne marche et l’évolution du club.

  • 1960-1966 : Jean Coutty président

1960 : Sous l’impulsion de Jean Coutty, nouveau président, l’activité prend encore de l’ampleur. Le moniteur Girerd s’active avec de nombreux élèves, le nombre de brevetés augmente. La municipalité d’Oyonnax, nouveau propriétaire des terrains, est devenue gestionnaire de l’aérodrome. Un deuxième hangar dans le cadre du développement économique d’Oyonnax est construit par la ville. C’est le temps des vols réguliers sur Genève et le début de l’importante activité de l’aérodrome, en particulier lors des salons internationaux des plastiques. Le parc avions se modernise. Au milieu de tous ces monomoteurs, c’est en 1962 que le club se rend acquéreur du bimoteur Aéro 45, malheureusement détruit lors de la prise en main. Il n’y aura heureusement pas de blessés. Cette même année, c’est le Sicile de 105 CV, F-BLMO qui arrive en juillet. Un nouveau Jodel biplace sort du hangar, C’est le F-PKMP, construit par quelques membres du club. Tous se souviennent de la voltige de haute qualité réalisée par le président Jean Coutty sur son Stampe. Il offre à ses compatriotes une animation permanente. Jean Coutty se perfectionne à la voltige au centre national de Carcassonne, mais bientôt, c’est le drame. 1966 : Au cours d’une séance de voltige alors qu’il était accompagné d’un ami pilote polonais, Jean Coutty est victime d’un accident mortel. La disparition de Jean Coutty est cruellement ressentie et prive l’aéro-club d’un pilote et dirigeant de grande qualité qui avait donné beaucoup pour la promotion de son club.

  • L’après Jean Coutty

1967 : Jean-Pierre Guignot, le nouveau moniteur, un enfant du club, prend les fonctions d’instructeur et mécanicien. Il fera face à ses nouvelles responsabilités et mettra son autorité au profit d’une formation qu’il ne cessera de perfectionner pour le plus grand bien de ses élèves. C’est ainsi qu’auront marqué de leurs empreintes trois générations de Guignot et cela mérite bien d’être signalé. L’effectif des appareils est porté à sept avec un nouveau Morane Saulnier Rallye F-BPHR. Le tour de France des jeunes pilotes fait escale à Oyonnax.
1969 : renouvellement du parc planeurs par l’acquisition d’un M.100 Mésange et d’un Nord-2000.
1970 : Achat d’un Ka. 6. C’est un monoplace performant pour l’équipe de vélivoles. Le tour de France des jeunes pilotes fait également escale à Oyonnax.

(JPG)

Juin 1972 et juin 1973, deux fêtes aériennes sont organisées avec succès. tour de france en 1970
1982 : Le remorqueur M.S. 317 est remplacé par un M.S. 893. Un second biplace-école W.A. 30, ainsi qu’un A.S.T.I.R. C.S. 77 plastique sont utilisés pour la formation de plusieurs brevets de pilote planeur. Le nombre d’heures de vol atteindra le chiffre de 887.
1987 : Le Bijave est remplacé par un biplace plastique Twin-Astir G. 103 F-CFKF.
1996 : Jean-Claude Guyard est élu président. Nouvelle discipline : le vol de nuit, il se développe depuis l’aérodrome de Bourg-Ceyzériat.
1998 : Achat du biplace français Alliance 34 F-CIHP, construit par la nouvelle société Centrair.
2000 : Achat du Pégase F-CGFK.
2002 : Départ à la retraite de Jean-Pierre Guignot, qui était le chef pilote du club depuis 34 ans. Arrivée de l’instructeur-chef pilote Manuel Gouverneur.
2003 : Joseph Dantas est élu président.

(JPG)

2005 : L’aéroclub vole jusqu’à Beyrouth au Liban. 10 jeunes de l’Aéroclub à bord des 2 Pipers et du Cessna 172 vont survoler l’Italie, la Grèce, Chypre et enfin le Liban.

2007 : Jean-Pierre Lhermet est élu président.

Comme de nombreuses villes de France, Oyonnax possède un aéro-club bien vivant. Sa mission se poursuit au profit de la formation des jeunes et moins jeunes qui ont la satisfaction de vivre leur passion : vaincre la troisième dimension. Et, bien sûr, l’aéro-club apporte à sa ville un intérêt certain sur le plan économique.